Annick Cizaruk chante Léo Ferré, Les ailes du temps
Lundi 5 octobre, le très beau spectacle d'Annick Cizaruk. Mon ami Ned Grujic signe la mise en scène. Des sourires et des larmes, tout Ferré qui remonte. Toute la vie aussi.
Chacun sur son fauteuil entend le bruit du monde à travers les mots d'un homme et la voix d'une femme qui se rencontrent parfaitement, tenus l'un à l'autre par le merveilleux accordéon de David Venitucci.
Chacun entend son propre tapage intérieur. Chacun sent remonter sa mémoire et sa mer, toutes les désespérances, les révoltes et les délivrances aussi.
Puis, rentrer tard dans la nuit et garder en soi, la certitude que les mots et les musiques aident le monde à vivre. Et nous, dans ce drôle de monde.
Nous aurons du pain,
Doré comme les filles
Sous les soleils d'or.
Nous aurons du vin,
De celui qui pétille
Même quand il dort.
Nous aurons du sang
Dedans nos veines blanches
Et, le plus souvent,
Lundi sera dimanche.
Mais notre âge alors
Sera l'AGE D'OR.
Nous aurons des lits
Creusés comme des filles
Dans le sable fin.
Nous aurons des fruits,
Les mêmes qu'on grappille
Dans le champ voisin.
Nous aurons, bien sûr,
Dedans nos maisons blêmes,
Tous les becs d'azur
Qui là-haut se promènent.
Mais notre âge alors,
Sera l'AGE D'OR.
Nous aurons la mer
A deux pas de l'étoile.
Les jours de grand vent,
Nous aurons l'hiver
Avec une cigale
Dans ses cheveux blancs.
Nous aurons l'amour
Dedans tous nos problèmes
Et tous les discours
Finiront par "je t'aime"
Vienne, vienne alors,
Vienne l'AGE D'OR.
Léo Ferré, L'âge d'or
Annick Cizaruk chante Léo Ferré Les ailes du temps
Tous les lundis à 21 h 30
Théâtre Essaïon 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
http://acisaruk.free.fr/
Tu penses à quoi ?
A la langueur du soir dans les trains du tiers monde ?
A la maladie louche ? Aux parfums de secours ?
A cette femme informe et qui pourtant s'inonde ?
Aux chagrins de la mer planqués au fond des cours ?
Tu penses à quoi ?
A l'avion malheureux qui cherche un champ de blé ?
A ce monde accroupi les yeux dans les étoiles ?
A ce mètre inventé pour mesurer les plaies ?
A ta joie démarrée quand je mets à la voile ?
Tu penses à quoi ?
A cette rouge gorge accrochée à ton flanc ?
Aux pierres de la mer lisses comme des cygnes ?
Au coquillage heureux et sa perle dedans
Qui n'attend que tes yeux pour leur faire des signes ?
Tu penses à quoi ?
Aux seins exténués de la chienne maman ?
Aux hommes muselés qui tirent sur la laisse ?
Aux biches dans les bois ? Au lièvre dans le vent ?
A l'aigle bienheureux ? A l'azur qu'il caresse ?
Tu penses à quoi ?
A l'imagination qui part demain matin ?
A la fille égrenant son rosaire à pilules ?
A ses mains mappemonde où tremble son destin ?
A l'horizon barré où ses rêves s'annulent ?
Tu penses à quoi ?
A ta voix sur le fil quand je cherche ta voix ?
A toi qui t'enfuyais quand j'allais te connaître ?
A tout ce que tu sais de moi et à ce que tu crois ?
A ce que je connais de toi sans te connaître ?
Tu penses à quoi ?
A ce temps relatif qui blanchit mes cheveux ?
A ces larmes perdues qui s'inventent des rides ?
A ces arbres datés où traînent des aveux ?
A ton ventre rempli et à l'horreur du vide ?
Tu penses à quoi ?
A la brume baissant son compteur sur ta vie ?
A la mort qui sommeille au bord de l'autoroute ?
A tes chagrins d'enfant dans les yeux des petits ?
A ton coeur mesuré qui bat coûte que coûte ?
Tu penses à quoi ?
A ta tête de mort qui pousse sous ta peau ?
A tes dents déjà mortes et qui rient dans la tombe ?
A cette absurdité de vivre pour la peau ?
A la peur qui te tient debout lorsque tout tombe ?
Tu penses à quoi ? dis, tu penses à quoi ?
A moi ? des fois ? ...
Je t'aime
Léo Ferré, Tu penses à quoi ?

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